Soleil d'Orient
Lecture :   2 Thessaloniciens 2 : 1 à 12
Le  Retenant

Que personne ne vous séduise d'aucune manière;
car il faut que l'apostasie soit arrivée auparavant et
qu'on ait vu paraître l'homme impie, le fils de la perdition.


Cet article n'intéressera que ceux qui croient déjà à l'enlèvement de l'Eglise, c'est-à-dire au retour personnel de Jésus-Christ, venant des cieux réunir et enlever les croyants ressuscités et les croyants encore vivants lors de cet événement.

C'est par l'apôtre Paul qu'est venue la connaissance de cette prophétie. Son langage, tant dans la première épître aux Thessaloniciens que dans celle aux Corinthiens, ne laisse aucune place à l'allégorie. Il y mentionne les phénomènes physiques, si l'on peut dire, de la transmutation des corps des chrétiens qui vivront à cette époque et de leur transportation vers le Seigneur Jésus. Bien qu'il nous soit évidemment impossible de concevoir et de décrire le déroulement matériel de l'enlèvement, le texte biblique le définit, sans ambiguïté, comme un événement à venir qui aura une place bien précise dans l'histoire humaine.

La crainte du ridicule, ou la défiance injustifiée à l'égard du surnaturel, ont souvent conduit certains chrétiens à rejeter la réalité de l'enlèvement, pour n'y voir plus qu'un symbole de notre union spirituelle future avec le Seigneur. Cependant, mis à part le fait que le texte interdit absolument une semblable exégèse, ils oublient ainsi que l'Evangile est foncièrement surnaturel. Si l'on ne croit pas à la matérialité de la résurrection de Jésus, sans parler de celle de ses miracles, est-on encore chrétien ? Et si l'on y croit, comment douter que cette même puissance divine n'intervienne à nouveau de façon historique et visible ?

Après avoir durant de longs siècles été presque mise en oubli, la doctrine de l'enlèvement de l'Eglise a bénéficié d'un intérêt renouvelé vers la moitié du 19° siècle, à l'époque de la naissance du sionisme. Si l'on veut comprendre l'état actuel des positions évangéliques à propos de l'enlèvement il est fondamental de connaître l'histoire de ce renouveau. De graves distorsions par rapport au texte biblique se sont alors introduites et ont prévalu, au cours du 20° siècle, et jusqu'à il y a environ vingt ans.

Bien des chrétiens évangéliques ignorent complètement l'historique des enseignements qu'ils ont reçus sur l'enlèvement. Le but de cet article n'est pas d'y suppléer car des bons livres et des sites dédiés à ce sujet existent déjà. Je me contenterai de rappeler qu'aujourd'hui l'origine de la position pré-tribulationiste est assez bien connue : Il faut l'attribuer au prédicateur Irving vers les années 1820, elle a été reprise par Darby, puis répandue en France, principalement par l'intermédiaire de la Bible dite Scofield. Pour résumer, nous désignerons l'enseignement pré-tribulationiste par ce dernier nom propre : l'enseignement Scofield.

Après avoir joui d'une grande faveur, dont on peut situer le sommet vers les années 1950, l'enseignement Scofield est actuellement en régression. Plusieurs étudiants sérieux de l'Ecriture avaient bien avant cela découvert les côtés totalement arbitraires, voire anti-scripturaires de la doctrine Scofield. Mais ce sont surtout les non-réalisations de ses attentes prophétiques qui lui ont porté un coup fatal. Sans le dire publiquement, beaucoup de ses partisans étaient persuadés que l'enlèvement aurait lieu avant 1988, et de toute façon ils ne concevaient pas qu'il put tarder jusqu'après l'an 2000.

Si les erreurs Scofield ont été récemment bien exposées dans plusieurs ouvrages, on a peu parlé des mécanismes psychologiques qui leur ont donné le jour. Un exemple montrera tout de suite le sujet de mon article.

Je suppose un prédicateur qui, grosso-modo, laisse toujours entendre que l'enlèvement aura lieu dans deux ans. Et ceci, naturellement, quelle que soit l'année de son message, un peu comme le coiffeur qui laisse un mot sur sa vitrine : je reviens dans un quart d'heure. La charité nous incline à attribuer à son grand zèle ses paroles imprudentes, toutefois reste la question : pourquoi deux ans ? Parce que c'est un nombre psychologiquement satisfaisant : un an semble trop court et expose à ce qu'on vienne demander des comptes au bout de ce délai. Trois, ou plus, semble lointain et peu mobilisateur. Suite à quoi ce spirituel prophète déconseille de se marier et d'avoir des enfants. Il serait très aventureux d'affirmer que ma supposition n'est qu'une hypothèse.

Montrons maintenant que, de façon semblable, plusieurs points de la doctrine Scofield trouvent leur source non dans le texte biblique mais dans la psychologie de ses défenseurs.


Psychologie de l'imminence

Par le terme imminence du retour de Jésus-Christ on sous-entend, généralement, que Jésus peut revenir sur terre à n'importe quel moment et qu'en conséquence, le chrétien doit être constamment prêt à la rencontre avec son Seigneur. Tout croyant sincère et sérieux ne pourra que souscrire à cette conclusion. Il convient toutefois de rectifier l'énoncé selon lequel "Jésus peut revenir à n'importe quel instant". Ce n'est pas ainsi que s'exprime l'Ecriture. Elle souligne que nous ne connaissons ni le jour, ni l'heure ; il ne s'en suit pas pour autant que ce moment soit arbitraire :
Il leur répondit : Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. (Actes 1 : 7)
Si donc ces temps sont fixés, on ne peut pas dire, de façon absolue, que Jésus-Christ peut revenir indifféremment à n'importe quel instant. On ne peut accepter cette manière de parler, que si on comprend par là que nous ne savons pas quand il reviendra.

Après cette précision il semble que l'imminence du retour de Jésus-Christ doive être une doctrine reçue par tous ceux qui ont souci d'être trouvés irréprochables au moment de leur rencontre avec lui, soit à leur enlèvement, soit à leur mort.

Beaucoup seront surpris, mais ce que Scofield entend par imminence n'est pas ce que nous venons d'exposer. Il s'agit d'autre chose. L'imminence du retour de Jésus-Christ dans la doctrine Scofield signifie qu'aucun événement ne peut être attendu avant le retour de Jésus-Christ. Des exemples montreront tout de suite la signification de cette définition.

A l'époque du début du sionisme plusieurs étudiants de la Bible étaient arrivés à la conclusion qu'un jour Israël serait à nouveau compté parmi les nations. L'avenir a prouvé qu'ils avaient raison. Parmi eux certains étaient partisans des idées de Darby, d'autres non. Lorsque les Darbystes s'exprimaient sur le futur retour des Juifs en Israël ils insistaient que l'Eglise serait enlevée avant, car sinon l'Ecriture exhorterait à attendre cet événement plutôt que le retour de Christ. L'avenir a prouvé qu'ils avaient tort. Dans les années 1970, la doctrine Scofield était florissante dans les églises évangéliques. On parlait beaucoup de la reconstruction du temple à Jérusalem afin que les prophéties soient accomplies. Mais quand on demandait si les chrétiens verraient cette reconstruction il était répondu que l'enlèvement aurait lieu avant car cela aurait été contraire à la doctrine de l'imminence selon Scofield. Aujourd'hui les derniers inconditionnels de Scofield en sont beaucoup moins sûrs. Mais je citerai un dernier exemple, d'événement attendu moins grandiose, mais plus parlant peut-être.

Je suppose un couple de chrétiens, mariés depuis quelques années, et qui malgré leur désir n'ont toujours d'enfants. Un jour, la femme reçoit une promesse du Seigneur : elle aura des enfants ! Ma question est claire : comment cette femme peut-elle croire avoir reçu du Seigneur cette parole et en même temps croire qu'elle peut être enlevée dans les cinq minutes qui suivent ? Il ne sert à rien de dire que ce cas n'est qu'une supposition gratuite puisque cette femme est la mienne et que nous avons eu quatre enfants depuis. Ou bien on accepte la doctrine de l'imminence selon Scofield et on renonce à toute promesse temporelle, ou bien on croit à la possibilité actuelle des promesses et il faut rejeter la doctrine Scofield, sur ce point du moins. En dehors de cette alternative ce ne sont que réponses confuses et embarrassées.

L'imminence selon Scofield n'est pas biblique; son origine psychologique est en vérité bien simple. Pouvoir mettre à volonté une grande pression sur son auditoire est très tentant. Mais, même si le mot est vilain, il s'agit là d'une vraie manipulation. S'ils ont toujours exhorté avec amour leurs auditeurs à considérer l'urgence du salut de leur âme, jamais Jésus-Christ, jamais les apôtres, n'ont extorqué de conversion en menaçant leurs auditeurs d'être laissés derrière au moment d'un enlèvement subit et imminent.


Psychologie du secret

Une des particularités les plus remarquables et les plus étranges de la doctrine Darby-Scofield est son insistance sur un enlèvement secret. Or rien dans la déclaration de Paul ne conduit à une telle idée; l'enlèvement y est au contraire présenté comme un phénomène spectaculaire : un signal est donné, un archange donne de la voix, une trompette sonne, les morts en Christ (tous les morts en Christ !) ressuscitent, ils sont enlevés avec les vivants sur des nuées ! Même en admettant que le monde incrédule ne comprenne pas ce qui est en train d'arriver, il ne peut s'empêcher d'en être témoin par ses oreilles et par ses yeux. Comment donc l'idée d'un enlèvement secret a-t-elle pu germer chez Darby ? La psychologie y répondra.

Mais voyons auparavant deux conséquences intéressantes de cette conception.

1) L'enseignement Scofield passe sous silence ce qui a motivé la révélation de Paul aux Thessaloniciens : ils s'affligeaient au sujet des chrétiens déjà morts. Le but de Paul dans ce passage est de leur apprendre que les morts en Christ ne seraient nullement désavantagés par rapport aux vivants lors de la parousie ; il écrit :
Nous les vivants, restés pour l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont décédés.
...et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants...

Paul présente cet ordre de faits comme un puissant motif de consolation pour les Thessaloniciens qui s'affligeaient au sujet de leurs morts : Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles.

Cependant la doctrine Scofield sur l'enlèvement secret n'insiste pas sur la résurrection des morts en Christ puisqu'on voit difficilement comment un tel événement pourrait passer inaperçu, et d'autre part, elle tord le sens de consolez-vous donc les uns les autres en prétendant que Paul enseignait ainsi que l'enlèvement aurait lieu avant la tribulation. Il y a là un contresens complet qui ne peut être que volontaire.

2) Dans la doctrine Scofield il est supposé, sans même aucun doute, que l'enlèvement est un phénomène instantané. Ses partisans en sont tellement persuadés qu'ils sont tout surpris quand on leur dit que ceci n'est point dans l'Ecriture. Comment, disent-ils, n'est-il pas écrit quelque part que nous serons enlevés en un clin d'œil ?
Ce "quelque part" se trouve en 1 Corinthiens 15 : 52, mais le "clin d'œil", l'atome de temps pour reprendre le mot grec, ne se rapporte pas à l'enlèvement mais à la transformation du corps des vivants lors de la venue de Christ. C'est à ce moment là aussi qu'a lieu l'enlèvement ; mais celui-ci se déroule selon les phases décrites en Thessaloniciens et n'est nullement instantané.

Il serait oiseux de demander combien de temps durera l'enlèvement; peu importe, la question est plutôt de savoir pourquoi y a-t-il une telle confusion entre ces deux passages dans l'enseignement Scofield.

La réponse est enfantine : un enlèvement instantané est nécessairement secret. Personne n'a le loisir de l'observer !

Comment donc maintenant, rendre compte, psychologiquement, puisqu'on ne le peut bibliquement, de l'idée d'un enlèvement secret ? Le pré-tribulationisme de Darby est largement motivé par la volonté de faire une distinction entre les croyants "spirituels" (ceux qui admettent cette doctrine) et les croyants "charnels" (ceux qui, ancrés dans le monde, pensent y rester encore quelques années).

Si l'Ecriture admet effectivement une distinction entre le chrétien spirituel, et le chrétien charnel elle ne la base certainement pas sur l'adhésion à la doctrine d'un enlèvement secret ! Il suffit de lire une biographie de Darby (non écrite par un darbyste) et de noter son comportement envers ceux qui ne partageaient pas ses idées, comme Georges Muller par exemple, pour s'expliquer assez bien comment il a pu arriver à la doctrine d'un enlèvement secret. Si cet enseignement a pu se perpétuer c'est que, psychologiquement, partager un secret est très valorisant. Les fondamentalistes Scofield prétendent à un certain monopole de la piété. Pour être spirituel et pieux il faut croire que l'on va être enlevé ce soir, en un claquement de doigts. Si on met en doute cette éventualité c'est évidemment que l'on est charnel et que l'on désire, en fait, rester dans ce monde.


Psychologie du Retenant

Lorsqu'on mentionne les trois positions millénaristes classiques au regard du retour de Jésus-Christ, soit le pré-tribulationisme, le mi-tribulationisme, le post-tribulationisme, ceux qui ne sont pas bien au fait l'enseignement Scofield s'imaginent que, conformément au sens des mots, le pré-tribulationisme consiste seulement à croire que l'Eglise ne traversera pas cette période de la fin des temps appelée communément la grande tribulation. Ils se trompent. Le souci d'un fondamentaliste Scofield n'est pas tant de soutenir que l'église sera enlevée avant la tribulation que de faire passer l'idée que l'église sera enlevée avant l'apparition publique de l'Antéchrist. La distinction est, psychologiquement, encore une fois, importante.

On sait que dans la deuxième épître aux Thessaloniciens Paul fait allusion à une puissance, et à un personnage qui retiennent la manifestation publique de l'Antéchrist. Les Thessaloniciens savaient de quoi Paul parlait parce qu'il le leur avait dit dans un précédent entretien. Malheureusement Paul s'exprime en termes volontairement voilés et nous en sommes aujourd'hui réduits à des conjectures. Bien des suppositions ont été faites au cours des siècles.

Du temps d'Origène certains avancèrent que le Retenant pouvait être le Saint-Esprit ; Origène répondit avec raison : si cela avait été le cas, Paul l'aurait dit. Et en effet, il ne faut jamais perdre de vue, dans cette énigme, que Paul ne désire pas dire ouvertement quels sont cette puissance et ce personnage.

Or l'enseignement Scofield prétend lui aussi identifier le Retenant avec le Saint-Esprit, mais avec une nuance qui change tout, le Saint-Esprit dans l'Eglise. En termes clairs, le Retenant c'est l'Eglise.

On atteint là le cœur de la doctrine Scofield, qui n'est pas le pré-tribulationisme en soi, ni même le dispensationalisme, ils n'en sont que des aspects secondaires, son fondement réel se situe dans la "révélation" qui advint dans les milieux Irvingiens au début du 19° siècle, comme quoi l'Eglise empêchait la manifestation de l'Antéchrist. D'autres "révélations" eurent lieu à cette époque sur le départ imminent de l'Eglise, qui évidemment se sont avérées fausses.

On sait que l'église d'Irving donna par la suite naissance à l'église néo-apostolique, très hiérarchisée, dirigée par 12 nouveaux apôtres ayant à leur tête un patriarche. Le plus remarquable d'entre eux fut le pasteur Bischoff qui prophétisa son enlèvement de son vivant. Il est mort en 1960 ...Le collège des apôtres écrivit alors une circulaire à tous les membres dans laquelle ils confessaient leur incompréhension devant "la décision insondable de Dieu qui avait modifié sa volonté".

Aussi incroyable que cela paraisse, après un tel camouflet public, l'église néo-apostolique subsiste jusqu'à nos jours. Mais faut-il s'en étonner quand le darbysme et la doctrine Scofield, issues de la même racine, sont encore là aujourd'hui ? Il est toujours possible naturellement de contester une question historique, mais lorsqu'on se réclame de la pensée protestante, attachée indéfectiblement à la Parole, comment soutenir que l'Eglise empêche la manifestation de l'Antéchrist face au texte de 2 Thessaloniciens 2 que nous avons proposé en en-tête de cet article ?

Ce passage est la véritable bête noire, le Textus Belli, des fondamentalistes Scofield, il reste cependant incontournable. Paul y parle indubitablement de l'enlèvement :

Pour ce qui concerne l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser ébranler dans votre bon sens...

Certains Scofieldiens ont essayé de traduire le pour ce qui concerne en un nous vous écrivons en faveur de l'enlèvement, comme s'il fallait convaincre les Thessaloniciens qu'un enlèvement aurait bien lieu. C'est syntaxiquement et logiquement inadmissible.

D'autres ont voulu faire une distinction entre jour du Seigneur qui serait le retour de Jésus pour juger et jour de Christ qui serait celui de l'enlèvement. Malheureusement pour eux le Textus Receptus porte justement jour de Christ, au verset 2, à la place de jour du Seigneur, renversant ainsi totalement leur argument, qui par ailleurs ne tient pas face à d'autres passages.

D'autres encore ont inventé le scénario suivant : les Thessaloniciens redoutaient que l'enlèvement n'eût déjà eu lieu et qu'ils n'aient été laissés derrière. Paul écrirait pour les rassurer. Il est difficile d'imaginer plus absurde.

Car comment les Thessaloniciens auraient-ils pu croire que Paul lui-même, et tous les apôtres, avaient eux aussi été laissés derrière ? Et qui donc avait été enlevé dans ce cas ?

Ensuite, si Paul leur avait précédemment enseigné que l'Eglise retenait l'apparition de l'Antéchrist il ne pouvait leur écrire, pour les rassurer : il faut auparavant qu'on ait vu paraître l'homme impie.

Sans doute certains d'entre eux s'étaient laissés persuader que le jour de Christ, ou le jour du Seigneur, jour de colère et de jugement, était arrivé ; Paul leur aurait dit, dans la logique Scofield : c'est impossible parce que vous n'avez pas été enlevés ! Mais à l'inverse il leur dit : c'est impossible parce qu'on n'a pas vu paraître encore l'homme impie !

Nous voyons donc que ce texte s'oppose complètement à ce que l'Eglise soit le Retenant. On aurait tort de penser qu'il s'agit là d'un point mineur dans l'enseignement Scofield, c'est au contraire la pierre angulaire de tout le système. Preuve en est l'attitude de ses partisans dès qu'on remet en cause ce point. Plusieurs missionnaires de mouvements fondamentalistes verraient leur soutien coupé s'ils osaient exprimer leurs doutes face à 2 Thessaloniciens 2. Ce fut le cas pour Marvin Rosenthal, l'auteur de Pre-wrath Rapture.

L'axiome principal de la doctrine Scofield étant donc reconnu, s'expliquent toutes sortes de bizarreries dans ses interprétations.

Un exemple. Jésus mourant sur la croix, remet sa mère aux bons soins de Jean :

Jésus, voyant sa mère et auprès d'elle le disciple qu'il aimait dit à sa mère : Femme voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. (Jean 19 : 26-27)

On sait ce que les catholiques romains ont tiré de cette parole. Ils concluent que Marie est devenue Mère de l'Eglise représentée dans la personne de Jean.

Dans l'Apocalypse, Jean a une vision, il écrit chapitre 4 :

Après cela, je regardai, et voici, une porte était ouverte dans le ciel. La première voix que j'avais entendue, comme le son d'une trompette, et qui parlait me dit : Monte ici, et je te ferai voir ce qui doit arriver dans la suite.

Les fondamentalistes Scofield concluent qu'il s'agit de l'enlèvement de l'Eglise représentée dans la personne de Jean. Comment ne pas reconnaître la similitude des deux procédés, ou plutôt leur identité ? Si l'on en rejette un on ne peut accepter l'autre. Ce sont deux manières fantaisistes de violenter le texte biblique pour lui faire dire ce dont on est déjà persuadé.

Pour conclure cet article concernant les origines psychologiques de la doctrine Scofield, nous voyons qu'elles reposent sur la tentation de singularité élitiste et le désir d'exercer une pression sur l'auditoire. Il n'y a là rien de surprenant, on retrouve deux traits essentiels de la carrière de Darby, son principal promoteur. Rappelons que pour cet homme, l'Eglise, ayant échoué dans sa mission avait été rejetée de Dieu, et qu'il était appelé, lui Darby, à rétablir le vrai ministère et la vraie interprétation des prophéties. Je conçois que l'on puisse ne pas être d'accord avec cette appréciation sur sa personne, mais une chose demeure incontestable : Paul n'enseigne nulle part dans ses épîtres la doctrine de Darby. Et si l'on prétend que c'est quand même ce qu'il croyait sans l'avoir écrit explicitement, je demande comment il se fait, dans ce cas, qu'il n'attache pas à cette doctrine l'importance centrale que lui a donné son inventeur.

Le lecteur restera sans doute sur sa faim vis-à-vis du titre : le Retenant. On n'y apprend point qui il est. Devons-nous nous résigner à ignorer ce que les Thessaloniciens savaient, jusqu'à ce que le Seigneur revienne ?

Avant cet événement une position dogmatique ne sera pas permise, mais si le sujet est difficile il ne se situe peut-être pas au-delà de la conjecture. Une des clés de cette énigme se trouve dans l'observation que Paul jugeait imprudent de dévoiler l'identité du Retenant. Pourquoi ? Et si l'on a la réponse à cette question, est-il prudent, aujourd'hui encore, d'en parler ?

Je renvoie le lecteur intéressé à l'étude de l' Essai sur l'Apocalypse de Frédéric Godet, disponible sur ce site. Il y trouvera, à mon avis, une grande partie de la solution, et surtout, une vision tout à fait inédite de ce que pourrait être la séquence des événements à la fin des temps.
Je signale également un site très bien documenté sur le sujet de l'enlèvement : answersinrevelation.org.